Allocution de rentrée

L’étudiant comme citoyen,
L’université comme acteur de changement,
La pensée critique en action.

Bonjour à toutes et à tous,

 

Bienvenue aux représentants des sites de Charleroi, Mons, Saint-Gilles, Tournai et Woluwé. Membres des six sites de l’UCL, sachez que c’est un honneur pour l’AGL de travailler au service d’une telle diversité d’étudiants.

Welkom aan onze vrienden van de KULeuven, vooral aan de studentenvertegenwoordigers van LOKO waarmee we sterk willen samenwerken dit jaar. We hebben een gemeenschappelijk verleden, gemeenschappelijke strijden, en als we van elkaar leren, zal de toekomst van ons zijn.

 

Indignons-nous. Engageons-nous. La pensée critique est en danger. Et sans pensée critique, il n’y a pas d’université. Que vous soyez étudiants, académiques, scientifiques, techniques ou administratifs, nous vous invitons à vous engager avec « … l’audace d’une espérance ouverte sur l’infini. ». Nous empruntons ce propos à un des plus grands esprits de notre université, le Professeur Jean Ladrière. Le 7 septembre dernier, il aurait fêté son nonantième anniversaire. Quel héritage nous laisse-t-il? Celui d’un véritable universitaire au service de l’intelligence et de la justice, dont la lucidité intellectuelle est le levier qui pousse à la critique et à l’engagement. C’est au sein de cette tradition louvaniste de la pensée critique – mise en péril par la marchandisation et l’hyperspécialisation de l’enseignement – que nous voulons accueillir nos amis de la toute nouvelle « UCL-Mons ». Ainsi, une connaissance critique, c’est une connaissance consciente de son caractère limité mais capable d’ouvrir un horizon pour l’enseignement, pour la  recherche, pour le service à la société et pour notre propre condition d’étudiants et d’universitaires.

Concernant l’enseignement, rappelons-nous les propos d’Ivan Illich, penseur ayant plusieurs fois visité l’UCL : « À travers l’éducation, la société de consommation se rend elle-même son propre culte, où elle produit des élèves dociles, prêts à obéir aux institutions, à consommer des programmes tout faits préparés par des autorités supposées compétentes. À tout cela, il faut substituer une véritable éducation qui prépare à la vie dans la vie, qui donne le goût d’inventer et d’expérimenter.» Disons-le clairement : l’UCL ne peut être réduite à une usine qui produit des professionnels en série. Elle a le devoir d’offrir un enseignement permettant le développement de la pensée critique. L’AGL rêverait d’une refonte structurelle des programmes, avec plus de cours transversaux et plus d’interdisciplinarité. Des formations où les disciplines, plutôt que de se côtoyer, seraient en dialogue permanent pour permettre aux étudiants d’acquérir à la fois une vision réellement holistique et des instruments concrets pour répondre aux enjeux sociétaux de plus en plus complexes. En attendant cette grande réforme, qui ne saurait tarder, l’AGL fondait les cours méta-métis il y a déjà 20 ans… Nous en faisons un de nos chevaux de bataille cette année. C’est pourquoi nous profitons de cette occasion Mesdames et Messieurs les professeurs, pour vous inviter à en faire l’expérience dans votre enseignement.

Du reste, l’université ne peut être un lieu de reproduction des inégalités sociales. Elle doit être un lieu de mixité, où la diversité est considérée comme une richesse avant tout. Vous reconnaitrez qu’en termes de mixité sociale, l’UCL a encore un long chemin à parcourir. La démocratisation de l’enseignement ne s’obtient pas uniquement en assurant une accessibilité financière. Ce serait trop beau pour être vrai. En plus de l’assurer à tous, il faut continuer à améliorer l’encadrement pédagogique, à revoir le système d’évaluation et surtout à attaquer de front les inégalités dans l’enseignement obligatoire.

Ensuite, l’UCL est fière de se trouver à la pointe dans plusieurs domaines de la recherche scientifique. Chercher l’excellence fait partie de la vocation universitaire, certes. Nous voulons être excellents ? Alors, soyons-le autant dans l’innovation sociétale que dans l’innovation technologique. Excellons également dans la coopération avec les pays en développement, dans la promotion d’un savoir populaire, ainsi que dans la quête d’alternatives pour construire un monde plus juste et plus solidaire. C’est pourquoi, le professeur Jacques Drèze disait ceci à ses étudiants : ‘Avant d’entamer une recherche, posez-vous une question : servira-t-elle aux plus pauvres de ce monde ? Si la réponse est négative, ne l’entamez pas !’ . C’est dans un souci de justice, et non de charité, que la recherche scientifique a à rendre les humains toujours plus humains.

Au sujet de la troisième mission de l’UCL, telle que celle-ci la définit : « Le premier service de l’université à la société, c’est de former des femmes et des hommes libres, à l’esprit ouvert et critique, qui mettent leurs compétences au service de leurs concitoyens. La matière première de l’université, c’est la matière grise. Comme le cerveau, qui ne s’use que si l’on néglige de s’en servir, la meilleure recherche, le meilleur enseignement sont stériles s’ils ne se préoccupent pas des problèmes de la société qui les a rendus possibles. » Nous voudrions que la pratique soit de plus en plus cohérente avec ces paroles et saluons les initiatives déjà prises en ce sens. Néanmoins, il apparait parfois que la mission du service à la société se résume à un service aux sociétés – anonymes ou autres – alors que cette mission concerne un faisceau d’acteurs bien plus large, incluant, par exemple, le non-marchand, les institutions publiques, la société civile et plus largement tous les citoyens. Cette diversité pourrait d’ailleurs se refléter, pour une meilleure réalisation de la mission du service à la société, dans la composition d’instances telles que le conseil d’administration de l’UCL.

Ainsi, la pensée critique se doit de devenir action critique. La pensée critique est aussi autocritique. Pour qu’elle puisse se développer elle a besoin d’un espace de démocratie réelle, radicale. C’est ce que nous nous efforçons de construire à l’AGL. A notre niveau, la pensée critique est appelée à
devenir action dans plusieurs dimensions. Signalons-en trois : Celle des relations avec la ville, où nous proposons de dépasser la logique répressive d’un règlement de police en mettant en place des systèmes participatifs de gestion. Celle de la consommation d’alcool, mise en lumière par une récente étude de l’UCL. Il s’agit d’une réalité sur laquelle on ne peut fermer les yeux, et qui a déjà suscité de nombreuses initiatives par le passé. Une chose est sûre : ce n’est ni en blâmant ni en stigmatisant les étudiants qu’on trouvera une solution. Cette dernière ne peut provenir que d’un travail collectif avec les différents acteurs de la vie étudiante. Enfin, celle du logement étudiant. Il existe une réelle pénurie de celui-ci à Louvain-la-Neuve. Sur cette question, nous appelons à un engagement de la Région Wallonne et de la Commune, en partenariat avec l’université, pour la construction de logements publics destinés aux étudiants à bas revenus. C’est une condition nécessaire pour la
réalisation d’une véritable mixité sociale et culturelle.

Permettez-nous, pour terminer, de nous concentrer sur ceci : quelle est notre espérance au sujet des étudiants universitaires ? Il est indéniable que cette année a été riche en initiatives prises par des jeunes partout dans le monde, telle une vague traversant les frontières. Rappelons-nous des grandes mobilisations comme le printemps arabe ou de l’action des Indignés en Espagne et ailleurs. Nous sommes heureux d’exprimer notre solidarité avec les étudiants du Chili qui se soulèvent contre l’héritage éducationnel de Pinochet, où 70% de l’enseignement est privé et où, selon l’OCDE, l’université est la plus chère au monde. En somme, nous pensons que le mouvement étudiant, quand il est corporatiste, il se perd; quand il trouve sa place dans la société, il se sublime. Nous sommes ceux qui vivront dans le monde façonné par les forces économiques, sociales, politiques et intellectuelles d’aujourd’hui. C’est nous qui connaitrons les effets de la crise systémique. Or, nous voulons vivre et vivre pleinement. Nous voulons participer à la construction d’un monde sur de nouvelles bases. Nous voulons que l’Université, comme institution culturelle, soit créatrice de sens, de principes éthiques, de formation de citoyens engagés et d’alternatives au système dominant. Merci beaucoup pour votre attention.

David Méndez Yépez & Antoine Saint-­Amand

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