Chasser les démons du passé

Quand la Savate m’a demandé d’écrire un article sur la culture, j’ai tout d’abord ri. Nom d’un spermophyle, écrire une page (entière!) sur un sujet aussi vaste qu’étendu, n’était-ce pas lui ôter du même coup tout intérêt? Comment voudriez-vous que je produise à vos yeux un discours digne de ce nom à partir d’une simple feuille A4? À moins de me prendre moi pour un vainteux et vous pour des imbéciles, cette idée me paraissait inconcevable. Mon projet s’avérait mort-né.

 

Je ne pouvais cependant pas m’en tenir à ce constat d’impuissance, au risque de prendre mon généreux employeur cette fois pour un imbécile. Aussi me suis-je un peu trituré l’esprit pour tenter de trouver quelque chose de valable pour sauver mon article.

 

J’en suis arrivé à me demander pourquoi la culture avait si mauvaise presse parmi les étudiants. C’est vrai quoi ? Celle-ci n’intéresse-t-elle pas uniquement cette catégorie si particulière d’étudiants qui vivent retranchés la nuit pour s’adonner aux plaisirs de la déclamation poétique, tout en écoutant la bonne vieille symphonie des mornes morosités d’Alfred von Krürchgenissenbroumz après avoir vu un film muet hongrois des années 20 sur Soporifik Channel ?

 

Au-delà de la caricature, il subsiste un certaine méfiance pour ce qu’on appelle à tort et à travers de ce grand nom de “culture”. Souvenez-vous de vos premières expériences (malheureuses) en humanités, où un professeur sexagénaire emmenait une classe revêche de deuxième B à la découverte des bas-reliefs de la voûte en ogives de la nef centrale de l’église St-Martinus à Aix-la-Chapelle. Ce profond désintérêt – voire ce dégoût – envers toutes les formes d’art ne prenait-il pas racine à cet endroit-même de la visite ?

 

Je ne pourrais cependant pas imputer à nos vaillants professeurs du secondaire l’entière responsabilité du peu d’élan que suscite la culture auprès de la population estudiantine (même si j’en ai fichtrement envie). Les étudiants sont des adultes maintenant. Toutes les opprtunités leur sont offertes dans la vie. C’est à eux de prendre leur destin en main et bla bla bla (sur un ton paternaliste).

 

Par ces entrefaites, je me dirigeais (péniblement, il faut le dire) vers la fin de ma digression. Mais je n’arrivais pas vraiment à me départir de l’idée que chacun est libre de ses choix et qu’il y a de très bonnes raisons de ne pas s’intéresser à une pièce de théâtre ou à un tableau dans un musée. Finalement, que vous aimiez ça ou pas, c’est vous que ça regarde. Sauf à essayer de chasser les vieux démons du passé qui planent encore ici et là dans certains esprits. La culture mériterait-elle une seconde chance? C’est mon avis. Mais c’est vous seuls qui en jugerez.

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