Des souris et des hommes

Vous avez lu La peste de Camus? Ou comment une bourgade défraîchie d’Algérie se fait envahir par une armée de rats prêts à croiser le fer? Je m’en voudrais d’insulter votre intelligence en comparant cette vision apocalyptique à ce qu’il se passe très modestement à Louvain-la-Neuve, mais je relèverai néanmoins qu’il faudrait être aveugle pour ne pas entendre les vociférations toutes féminines des braves cokoteuses debout sur la table et folles d’hystérie, barrissements dans lesquels on peut noter des références légèrement agacées aux proches cousins de Mickey Mouse.

 

Les souris! Simples compagnons de voyage qui ne demandent qu’une croûte de pain en échange d’un logis que vous leur accordez gracieusement ou véritable fléau des kots néo-louvanistes? Créatures mignonnes et inoffensives à la recherche d’un peu de bienveillance ou rapaces sans nom dont la seule vertu est de remplir votre kot d’odeurs nauséabondes. Amis ou ennemis?

 

Peu importe quels adjectifs vous choisiriez pour décrire le phénomène, il devrait intéresser tous les titulaires d’un bail locatif à Louvain-la-Neuve. C’est connu : chaque kot héberge SA souris. Et les réactions à cet élément factuel incompressible vont des plus conciliantes aux plus radicales, voire se muent en des attitudes carrément défaitistes.

 

Dans le genre, d’aucuns ont opté pour la politique dite de la main tendue en décidant ni plus ni moins d’apprivoiser le rongeur. Ainsi tout est mis en place pour que l’animal se sente “chez lui”. Un petit surnom lui est attribué (Jerry, Wingardium Leviosa, Saleté de bête). L’excèdent de nourriture est déposé dans un espace spécialement dédié à cet effet (le Cheese Open Bar). Le kot est aménagé de telle sorte que la circulation du mamifère s’en voit facilité, avec nottament l’édification de petites routes et de petits ponts (parfois même un espace “jeux” lui est constuit à partir de kaplas et sur lequel les cokoteurs ont pris le soin de disposer des bonshommes Playmobil pour que leur petit ami se sente moins seul).

 

À l’opposé, certains kots ont littéralement déclaré la guerre à ce qu’ils n’hésitent pas à affubler de qualificatifs horribles que par souci de bienséance je ne dévoilerai pas dans cet article. Dans cette optique, le commu est transformé en véritable champ de bataille où l’on découvre à chaque coin d’étagère une armada de pièges plus sophistiqués les uns que les autres. On aperçoit également, soigneusement éparpillés à des endroits stratégiques, des harpons conçus de manière artisanale et tous prêts à l’emploi de manière à ce qu’à la moindre apparition de l’ennemi les belligérants se retrouvent instantanément armés. Ces derniers prévoient presque toujours un signal d’alarme à actionner en cas d’attaque surprise: “SOURIIIIIIS” et l’assaut est lancé! Il paraît que le rat des villes est un sacré dur à cuire.

 

Cependant, la majorité de celles et ceux qui sont confrontés à la problématique cèdent à la fatalité. À quoi bon essayer de faire déguerpir notre hôte puisqu’il y en aura toujours d’autres pour venir le remplacer? Ayant sucé tout ce qu’ils pouvaient de cette allégation, ces éternels réalistes se complaisent dans leur passivité, qui dégénère peu à peu en indifférence.

 

Si la dernière voie est souvent privilégiée, c’est qu’elle exige le moins de sacrifices. En effet, prendre le problème des souris à bras le corps nécessite du temps, et, entre les cours et les beuveries, l’étudiant n’a guère la possibilité d’y consacrer ce qu’il lui reste d’énergie. Du reste, celui-ci est souvent mal informé et ne dispose pas toujours des outils indispensables à la compréhension de tous les paramètres de cette réalité complexe. On en est aujourd’hui à déplorer l’absence d’un organisme qui pourrait remedier à ces diverses carences. Pourquoi pas un kot-à-projet? Futurs membres du Sourikot, j’en m’en remets à vous!

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