Discours de rentrée du Président de l'AGL

Chères étudiantes, chers étudiants,
Chers Professeurs,
Messeigneurs,
Mesdames et Messieurs,

 

Ce discours, dit-on, est un grand moment pour la représentation étudiante. Tribune exceptionnelle face à l’ensemble de la communauté universitaire, il permet une large écoute de nos revendications. Écoute, le mot est bien choisi, parce qu’à relire les discours de mes prédécesseurs, s’il est certain qu’ils aient été écoutés, je peine à croire qu’ils aient véritablement été entendus…

 

Je m’explique de suite par un exemple significatif. Déjà en 2003, Nicolas Bossut, et par la suite en 2005 Nicolas Picquard, fustigeaient les coupes opérées au budget social. Je vous rassure, l’exercice budgétaire 2009-2010 n’épargnera pas non plus le budget social. Pourtant, « Le budget social n’a pas diminué » ! Tel est le titre, en lettres majuscules, de la page consacrée aux étudiants dans le dernier rapport d’activités de l’UCL. Que d’ironie ! Mais l’ironie est bien tout ce qu’il nous reste, lorsqu’on imagine l’équipe rectorale sortante rédigeant de la main droite son rapport d’activité ; et au même moment, grappillant de la main gauche quelques milliers d’euros en augmentant le prix de la Carte Sport et des Logements, le tout en pleine crise économique.

LA CRISE, LA CRISE, on en aura assez entendu parler de celle-là ! Mon actuel bourgmestre, ancien Ministre de l’Éducation nationale (comme quoi, ça ne date pas d’hier), le bien-nommé, M. Yvan Ylieff, avait dit ceci : « Notre matière grise est notre ressource naturelle la plus précieuse, l’éducation notre investissement le plus sûr et la formation le meilleur garant de notre avenir. ». Quel sot ne voudrait pas investir dans cette valeur si sûre et si rentable (entendons nous bien évidemment sur le sens du mot rentable) ? Ce sot, c’est le politique et donc indirectement nous ! Et ce qui rend sot le politique, ce sont ces échéances électorales si courtes pour un investissement si long. Si le développement durable tant à la mode, est une étape nécessaire sur le chemin vers une société plus juste, il ne doit pas uniquement se concevoir en éoliennes et en maisons passives mais aussi et surtout par une politique éducative prioritaire, innovante et volontariste.

 

Mais à quoi bon ce discours de beaux mots, s’il ne sert que d’estrade pour étudiants idéalistes et donneurs de leçons ? C’est pourquoi je m’en irai de cette proposition qui vous est particulièrement destinée, Mesdames et Messieurs les politiques. Pourquoi ne pas engager un dialogue interparti, intégrant l’opposition, afin de construire ensemble cette politique de long terme, qui transcenderait ainsi les aléas des échéances électorales ? Si vous prétendez à une société durable, humaine et solidaire, si nous voulons pour nos enfants le meilleur, nous devons rendre à l’enseignement la place qu’il mérite. Et attention : la place qu’il mérite ne signifie pas comme certains le croient, d’obtenir un prix Nobel d’ici 2020 ! Non ! Si nous devons le répéter chaque année, nous le ferons mais un enseignement uniquement orienté vers la performance, nous n’en voulons pas ! Alors si un prix Nobel devait venir orner la cheminée de la maison Belgique, il n’acquerrait de valeur à nos yeux, qu’à gauche du trophée d’un accès aux études équitable, à droite de la coupe de la pédagogie la plus innovante et en dessous de la médaille de la réussite pour tous.

 

En d’autres mots, un enseignement public, gratuit et de qualité. Un enseignement public, gratuit et de qualité, tel était d’ailleurs le slogan sous lequel défilaient le 28 avril dernier, 4 500 étudiants dans les rues de Bruxelles! Et ce n’est pas un hasard si ces étudiants, originaires du Sud comme du Nord du pays, et de tous horizons politiques, portaient ensemble un memorandum de propositions concrètes et réalistes. C’est qu’il y a urgence !
L’Olivier a d’ailleurs transcrit un certain nombre de ces propositions dans son accord de gouvernement âprement négocié. Des engagements ont été pris, comme sur la suppression du Numerus Clausus (déjà ? enfin ?) et celle des droits d’inscription complémentaires, la régulation des prix du logement étudiant, la gratuité des transports en commun pour les moins de 24 ans et enfin le soutien aux nouveaux professeurs. Nous les en félicitons bien sûr mais surtout, les encourageons à aller plus loin. Néanmoins, sur ces quelques engagements déjà, et appuyés par la Fédération des Étudiants Francophones, nous nous montrerons extrêmement vigilants.

 

Rendre l’université accessible à tous, c’est donner la garantie à TOUS les étudiants d’avoir le temps de prendre des engagements… Un étudiant n’est pas égal à un autre s’il doit jobber vingt heures par semaine pour payer ses études. Les engagements extra-académiques font partie intégrante de la formation, et chaque étudiant doit avoir le droit d’en profiter. Que ce soit via un Cercle, un Kot-à-projet, une ASBL, l’accueil des étudiants étrangers… Les projets dans lesquels les étudiants s’investissent sont innombrables. Ces différents engagements apportent à notre Université une richesse infinie et unique. Évidemment, celle-ci n’est recensée par aucun ranking

 

Autre richesse – et non des moindres – négligée par les rankings : la qualité de l’enseignement. L’opportunité m’est ici offerte de consacrer quelques minutes, à ceux qui nous consacrent des heures, des jours, voire une vie entière.

Quoi de plus beau en effet que de participer à l’éducation de ceux qui feront le monde de demain ? À ces professeurs passionnés mais surtout passionnants, à ces professeurs qui font de leurs cours des moments de rencontre plutôt que des monologues, à ces professeurs qui voient leurs examens comme un moyen plutôt qu’une fin : à ceux-là, par ces quelques mots, nous voudrions vous dire à quel point nous vous estimons. Vous dire à quel point se lever le vendredi matin suivant une corona peut être moins douloureux quand c’est pour venir partager ces deux heures avec vous. À ceux-là, simplement dire merci. Les étudiants seront toujours aux côtés des professeurs à la recherche de cet enseignement encore plus excellent.

 

Comme je l’avais annoncé au début de ce discours, j’espère subir un meilleur sort que mes prédécesseurs. J’espère, cet après-midi, ne pas seulement avoir été écouté, mais aussi entendu. Cependant, si les étudiants veulent être entendus, ils doivent eux aussi pouvoir entendre des avis et comprendre des contraintes différentes des leurs. L’AGL veut s’ouvrir et être à l’écoute. Bien sûr, des étudiants, mais aussi des professeurs, des autorités, qu’elles soient universitaires ou politiques, ou de toute autre personne qui veut faire grandir notre Université pour un monde meilleur. Cet après-midi, c’est sur un ton d’appel à un dialogue franc, courtois, et d’égal à égal que l’AGL souhaitait ouvrir cette année académique.

 

Enfin, si je peux me permettre cette formulation qui n’a normalement lieu d’être qu’à l’écrit :

Post Scriptum : Un bureau de Poste pour les habitants, les étudiants et les travailleurs du site de Louvain-la-Neuve, c’est non seulement une nécessité, mais aussi un besoin indispensable !

Je vous remercie pour votre attention. Excellente rentrée à tous !

 

Louvain-la-Neuve, lundi 21 septembre 2009

Marc Magnery

Président de l’AGL

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