Discours du Président de l'AGL à l'occasion de la Fête de l'Université 2011

Excellences, Messieurs les Recteurs, chères étudiantes, chers étudiants, Mesdames et Messieurs,

L’Université catholique de Louvain nous invite à « Penser autrement ». Après le thème de l’an passé, « Les crises, l’opportunité d’innover », c’est la voie du changement qui est publiquement encouragée. Les étudiants soutiennent assurément ces encouragements. Mais, comme le savez, les étudiants ne se contentent pas de simples paroles. Car il faut assurément concrétiser tous ces beaux thèmes, tous ces beaux principes par des actes visibles sur le terrain car le changement tangible se fait de plus en plus attendre. Plus que « Penser autrement », « Agir autrement » devient impératif.

 

 

La première partie de l’année académique a été, pour le moins, mouvementée, certains la qualifiant même d’historique. Quels que soient les adjectifs qu’on donnera aux évènements du premier quadrimestre, l’échec de la fusion, la rupture de confiance de la commune d’Ottignies-Louvain-la-Neuve et l’explosion du nombre d’inscriptions étudiantes ne peuvent pas rester sans réaction. En cette période de défis importants, il faut innover, il faut penser et agir autrement.

Au niveau institutionnel, la fusion aura connu le revers que l’on sait. Après tant d’années de préparation, la gouvernance de la nouvelle UCLouvain a été rejetée. Une voix du groupe stratégique explique cet échec de la manière suivante: « Nous avons fait une erreur procédurale dans la façon dont les projets ont été menés. On a laissé penser que la fusion se construisait par des autorités suprêmes. Il fallait que le projet fasse vibrer les gens ». Cette justification a de quoi stupéfier quand on sait qu’en septembre dernier, les étudiants dénonçaient déjà ce manquement de la manière suivante : « Il est regrettable, le schéma actuel de mise en place de la fusion. Tout se décide loin de la base, loin du terrain, loin de ceux qui sont l’université.»

Nous reconnaissons et saluons les travaux accomplis par toutes les personnes qui se sont investies dans les groupes de travail. En même temps, nous dénonçons aussi le fonctionnement du groupe stratégique qui n’a pas su innover en restant toujours aussi fermé sur des enjeux de pouvoirs. En effet, il y a bien une large majorité, interne et externe à notre communauté universitaire, qui soutient le projet de rapprochement des quatre institutions. Pourtant, les documents fondateurs à voter étaient insoutenables. La preuve en est que tous ces règlements sont pour ainsi dire, aujourd’hui, jetés à la poubelle.

Ce revers restera comme une déception pour certains, un soulagement pour beaucoup d’autres. En effet, les étudiants ne soutiennent pas la construction d’une nouvelle entité universitaire à partir de non-négociables, de droits de veto et autres pratiques de l’ancien régime. Il est temps, en effet, de penser autrement et de développer une vision de projet, de travailler à construire ensemble plutôt que perpétuellement chercher à se protéger soi-même.

Le plan B, une fusion avec les Facultés universitaires de Mons. L’UCL a certainement raison de prendre ses responsabilités et mettre à profit ses 600 ans d’existence, d’expériences et d’expertises pour répondre à la nécessité de développer une offre universitaire plus large, plus accessible dans le Hainaut. Mais là encore, il ne faudra pas répéter les erreurs du passé. L’échec de l’UCLouvain doit servir de leçon. En effet, comme pour tout étudiant, une seconde session réussie peut-être l’occasion de recueillir les distinctions mais à l’inverse, un second échec est souvent signe de dégâts collatéraux. L’université de demain, plus que jamais, reste à construire ensemble. Il faudra, pour ce faire, maintenir un processus démocratique dans le fonctionnement de l’université fusionnée.

La démocratie participative, nous souhaitons aussi qu’elle s’ouvre aux étudiants au niveau communal. Les étudiants ont pris le pli d’innover, d’agir autrement avec la création d’un Conseil de l’Animation, en acceptant la gestion d’une troisième salle d’animation voulue par la ville, en ouvrant toute une série de placards de la guindaille trop longtemps fermés. Nous dénonçons le fait que, pendant ce temps, dans notre dos et sur notre dos, la Ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve prenne des décisions unilatérales au parfum populiste et électoraliste. Nos pistes de solution au surnombre dans les surfaces d’animation et notre volonté d’améliorer le tri des déchets auprès des étudiants font face à un immobilisme communal. Il faut que la ville se mette à penser les étudiants autrement, il faut qu’elle prenne ses responsabilités. Le débat communal doit s’ouvrir aux étudiants qui se présentent comme de réels partenaires au développement d’Ottignies-Louvain-la-Neuve. Il faut oser considérer les universitaires comme des citoyens à part entière. Dans ce cadre où les étudiants seront reconnus et respectés, probablement que l’augmentation de la taxe de séjour aura du sens. Dans tout autre cadre, cela s’apparentera à une rupture de confiance.

Repenser la politique communal ne suffira pas, il faut aussi revoir les priorités du Gouvernement de la Communauté française. Avec son enveloppe fermée et ses incitants financiers, l’exécutif communautaire pousse à des rationalisations, des suppressions de cours voire de programmes. C’est inacceptable! Si en interne, à l’UCL, une révision du plan de développement dans les facultés où il pose problème se fait de plus en plus urgente, personne ne peut ignorer que notre enseignement est sous-financé. Comment poursuivre un enseignement de qualité qui soit accessible à tous quand une explosion des inscriptions étudiantes n’est pas suivie par des moyens financiers suffisants? Le système à enveloppe fermée est malsain et dépassé. La place de l’enseignement dans notre société doit être revue. La crise institutionnelle belge, la révision de la loi de financement en sont des d’opportunités. Pour construire un avenir plus durable, il faut investir, massivement, dans la formation de nos adultes de demain. L’enseignement, notamment supérieur, doit être un moteur de la Communauté française. A l’inverse des logiques de rationalisations qui consistent à supprimer les cours les moins suivis, les options les moins rentables, il faut réinvestir dans nos universités. Ces dernières n’ont nullement pour rôle d’être des industries de diplômes, délivrés à la chaîne. Il faut maintenir une diversité large pour permettre à chaque étudiant de se réussir humainement, intellectuellement et individuellement.

Excellences, Messieurs les Recteurs, Chères étudiantes, Chers étudiants, Mesdames et Messieurs, vous l’aurez compris : le thème de ces docteurs honoris causa ne doit pas s’arrêter à la pensée mais atteindre l’action. Penser autrement est une nécessité, Agir autrement est une urgence. Les évènements du premier quadrimestre nous en offrent l’opportunité. Il ne reste plus qu’à chacun de la saisir.

Excellente soirée à toutes et à tous !

Add a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

18 + nine =