Discours du Président de l'AGL à l'occasion des DHC 2010

Discours du Président de  l'AGL - DHC2010

 

Comme chaque année, le Président de l’AGL a pris la parole lors de la cérémonie des Doctor Honoris Causa. Une intervention qui posa la question de l’utilité de cette cérémonie.

Développement durable, accessibilité aux études et une note positive en guise de conclusion clôturèrent une intervention largement applaudie.

 

Mesdames, Messieurs,

« C’est quoi les Docteurs Honoris Causa ? » Telle est l’interpellation un brin surprenante qu’un étudiant me lança au coin d’un bar la semaine passée. Je lui répondis poliment que l’Université mettait à l’honneur des personnalités marquantes en les intégrant dans la Communauté Universitaire louvaniste. Sur ce, il eut cette interrogation qui me taraude toujours maintenant : « C’est bien, mais ça sert à quoi ? » Pris de cours et ne sachant quoi répondre, je me lançai alors dans de pâles explications, lui parlant de lien entre université et société civile, de prestige, d’attention médiatique… Explications qui ne convainquirent ni mon ami, ni moi-même.

Étant censé discourir une semaine plus tard lors de cette même cérémonie, il était temps que je sache quel en était le sens… J’allai alors chercher la réponse auprès des anciens de l’AGL, car nous étudiants avons des sages. Mais moins âgés, ils sont souvent en deuxième master. Et là, les réponses fusèrent : « Mais Marc, c’est une occasion de plus de manger des petits fours et de boire du champagne ! ». Un autre : « Tu veux vraiment savoir ? En deux mots : à rien ! ». Ou encore : « DHC ? C’est l’abréviation du Festival des Bonnes Intentions ! »

Je devais en avoir le cœur net. Alors, j’ai consulté la liste des précédents Docteurs de notre Université.

En 2000, l’UCL honorait Madame Gro Harlem Brundtland. La dame même qui a donné son nom au célèbre rapport qui popularisa la notion de développement durable. Quelle pouvait être l’utilité d’une telle distinction, si ce n’est d’inciter l’Université à jouer son rôle d’avant garde dans la société ? Mettre à l’honneur des personnalités pour ce qu’elles font, c’est bien. S’inspirer de leurs valeurs et de leur exemple pour agir, c’est encore mieux.
Développement durable, disais-je.

Pourtant, 10 ans après Madame Brundtland, encore beaucoup de chemin reste à faire. Bien que des initiatives à la marge soient prises, on attend toujours un signal fort qui concrétiserait ce fameux « Green Campus » du programme électoral de notre recteur.  Avec, et cela va sans dire, les moyens financiers nécessaires. Et, pourquoi pas même, grosse cerise sur le gâteau : un plan global pour la réduction de l’empreinte écologique de notre Université.

Si l’on remonte un peu plus loin dans le temps, en 1996, l’UCL avait mis à l’honneur Bertrand Schwartz, ardent défenseur de la réduction de l’inégalité des chances. Qu’a fait notre Université depuis pour permettre à chaque étudiant d’y trouver sa place, quel que soit son parcours ? Bilan : peut mieux faire !

  • Si les enfants de profs UCL sont exemptés d’office du minerval, d’autres catégories d’étudiants n’ont droit à aucun privilège alors qu’ils en auraient bien plus besoin.
  • Si l’UCL a le plus grand parc locatif étudiant en Communauté française, les prix du logement y augmentent sans cesse. En cause, la diminution de ses parts de marché. L’UCL doit garder la main et notamment être propriétaire des 450 nouveaux kots en projet de construction. À ce propos, chers administrateurs, les étudiants seront particulièrement attentifs à la décision que vous prendrez lors de votre prochain Conseil d’Administration, début mars…

En 2010, l’UCL a choisi de réunir quatre Docteurs Honoris Causa autour du thème « Les crises, l’opportunité d’innover ». Comment s’en inspirer ? Car une chose est claire pour l’instant, l’UCL ne sort que trop peu des sentiers battus et loin d’innover, elle applique des recettes déjà bien connues.

  • Elle fusionne. Le comble du manque d’innovation tant ce mouvement s’amorce partout.
  • Elle se lance à la conquête des sommets des rankings et s’en réjouit lors de son Conseil Académique. Très original.
  • Elle tente de différencier la gestion de la recherche et de l’enseignement. La KULeuven ayant déjà fait marche arrière sur ce terrain glissant.

Mais attention, toute innovation n’est pas bonne en soi… Avoir un Ministre de l’Enseignement supérieur qui soit également en charge de l’économie, c’est nouveau, mais cela en dit malheureusement long sur la vision de l’enseignement supérieur de notre gouvernement…

Pour donner un réel sens à cette cérémonie, nos quatre Docteurs Honoris Causa devraient être source d’inspiration et d’action. D’autres mondes sont possibles. Encore faut-il vouloir les imaginer.

  • Du combat de Madame Nabintu pour les droits des femmes, l’UCL continuerait à s’engager dans le soutien aux personnes marginalisées et dont les droits humains ne sont pas respectés, comme elle l’a d’ailleurs fait en accueillant les personnes sans-papiers l’année passée.
  • Du concept de résilience si cher à Monsieur Cyrulnik, l’UCL profiterait de la période trouble qu’elle traverse pour en sortir grandie et ressourcée.
  • Du sens aigu des responsabilités politiques de Monsieur Van Rompuy, l’UCL s’inspirerait pour construire une UCLouvain démocratique, fruit d’un large consensus et non d’une proposition du seul groupe stratégique.
  • Et enfin, de la vision innovante de l’économie de Madame Duflo, l’UCL s’inspirerait pour évaluer ses comportements passés en matière d’investissement et envisager des options novatrices. Faire le choix de placer l’entièreté de ses avoirs financiers dans une banque éthique, ce serait, à ma connaissance, une première !

Pour que dans dix ans, plus aucun étudiant ne se questionne sur le sens des docteurs honoris causa et parce que, comme le dirait Albert Jacquard : « Entre le pessimisme désespéré et l’optimisme satisfait, la seule attitude raisonnable est le volontarisme. ». Puisse le volontarisme de notre Université faire preuve d’imagination !

Je vous remercie de votre attention. Bonne soirée.

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