Instauration d'une sélection en médecine : un non étudiant à l'UCL !

L’AGL dénonce une mesure qu’elle juge inefficace, socialement discriminatoire  et qui constitue un recul en termes de diffusion du savoir. Elle regrette également que les partenaires de la majorité cherchent à mettre un pansement sur une jambe de bois.

Une fois de plus, le ministre Marcourt tente de faire avancer ses gros dossiers en période d’examens. L’AGL regrette tout d’abord ce timing et espère que les politiques garantiront la possibilité d’une consultation des représentants étudiants dans des conditions plus correctes.

La nouvelle proposition de décret sur la question des réformes dans le secteur de la santé propose, entre autres choses, d’instaurer une sélection lors de la session de janvier. Dans cette seconde version, seul le fait de faire baisser la moyenne de 10 à 8 pour la mesure coercitive change. A part cela, le principe reste le même que dans la première proposition de décret : un étudiant en échec à la session de janvier pourrait se voir obligé d’étaler son année. Pour les étudiants, c’est inacceptable !

L’idée d’une session de janvier contraignante est une manière de dissimuler un examen d’entrée. Ce n’est ni une aide à la réussite, ni une façon d’homogénéiser les acquis ou de promouvoir une bonne orientation de l’étudiant dans son choix d’études. La session de janvier en première année est le premier véritable test de l’étudiant à l’université. Nombreux sont les étudiants pour qui cet examen est une sonnette d’alarme qui leur permet de se prendre en main afin de se rattraper aux sessions suivantes et de réussir leur année. Imposer une réorientation ou un étalement d’année d’étude à l’étudiant à ce moment de son parcours ne l’aide en rien pour sa formation. C’est une mesure qui constitue un recul en termes d’égalité des chances, d’efficacité et de diffusion du savoir !

L’AGL constate que les options laissées aux étudiants en situation d’échec en janvier sont à nouveau inadaptées et porteuses de vices importants. Proposer aux étudiants de se réorienter pour éviter un étalement, cela signifie changer d’option pour des raisons de « facilité » donc permettre la mise en place d’un nivellement par le bas  des « options de remplacement » de façon structurelle. La question de l’orientation des étudiants dépend de critères personnels, on ne peut donc y apporter que des solutions individualisées. Une systématisation conduirait immanquablement à des dérives, on peut d’ailleurs le voir dans le secondaire, où les filières technique et professionnelle sont dévalorisées, notamment par le recours aux attestations B (choix laissé à l’étudiant de bisser, ou de se réorienter vers des filières prédéfinies). Laisser ce système de réorientation en place, c’est mettre en œuvre une deuxième sélection entre études « de qualité » et études « plus accessibles » !

L’AGL dénonce donc cette mesure qu’elle juge inefficace et peu pertinente. Elle regrette que les partenaires du ministre Marcourt – la majorité Ecolo-cdH-PS – soient assez mal informés que pour soutenir une telle proposition. Ce dont ont besoin les facultés de médecine aujourd’hui, ce n’est nullement de solutions mal réfléchies qui ne constituent en réalité que de la poudre au yeux. Au contraire, le « problème de la surpopulation » en médecine ne peut être véritablement résolu sans moyens supplémentaires. Il apparaît par exemple qu’une nette amélioration pourrait être apportée en engageant de nouveaux académiques, en augmentant la capacité d’accueil par la mise à disposition de nouveaux locaux et en optant pour des solutions plus imaginatives (par exemple des cours en podcast sur internet). Les politiques se trompent de cible en limitant l’accès à l’enseignement de la médecine, et ferment les yeux sur les conséquences dramatiques que leurs décisions engendreront pour l’ensemble de la population belge. Le vrai problème est la pénurie des médecins et l’importation de médecins roumains payés 3000 euros bruts par mois n’est pas une vraie solution (Le Soir 08/12). La forte fréquentation des facultés de médecine en est une, à condition que l’enseignement fourni y soit de qualité ! Qualité mise en danger vu le défaut d’encadrement actuel, principalement par manque de moyens. Une fois de plus la nécessité d’un refinancement public de l’enseignement se fait ressentir !

L’AGL appelle l’ensemble des forces politiques en présence à réfléchir à des solutions adaptées pour le secteur des sciences médicales et à ne pas renoncer à l’idéal d’un enseignement public, de qualité et accessible à tous.  Ce qui inclut un refinancement public de l’enseignement et – conformément à la déclaration de politique générale de la coalition Olivier – l’absence d’une quelconque sélection à l’entrée, aussi déguisée soit-elle.

 

Add a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

2 + 5 =