Coup franc: La publicité s'impose dans nos campus

Vous aussi, vous trouvez que les espaces destinés aux affichages dans nos campus sont peu lisibles ? Bienvenue en territoire étudiant, véritable bouillon culturel et festif qui se doit sans cesse de faire parler de lui et d’attirer les foules d’éventuels intéressés.

Le clashage, comme les étudiants l’appellent, consiste à coller aussi rapidement et à autant d’endroits que possible des affiches présentant l’imminence d’une soirée ou d’une activité culturelle. Au départ, il s’agissait pour les cercles et autres groupuscules estudiantins d’annoncer simplement et sans saigner les bourses l’une ou l’autre activité — souvent bien arrosée — à venir. Aujourd’hui, le temps des tags sur les murs et de la farine au sol, seuls maîtres en campus, est révolu. S’ils résistent et peuvent encore espérer de beaux jours devant eux, attention car les publicitaires s’y mettent, et ils n’ont pas la main morte. En effet, de quel meilleur public cible rêver ? L’étudiant, encore un peu dupe, encore insouciant et envieux de croquer la vie à pleines dents est un client idéal pour le monde promotionnel. De plus, il est capable de comprendre un message écrit très rapidement — en théorie, nous l’espérons pour vous — et il se caractérise souvent par une ouverture suffisante pour s’intéresser aux nouveautés. Enfin, il étudie aujourd’hui et il accédera probablement à des postes clés et bien rémunérés demain.

Les campus, qui ne demandent qu’à vivre au rythme de ses étudiants et de son animation, sont les tristes témoins de l’arrivée de la sacro-sainte publicité, la dictatrice de nos moeurs, de nos envies et de nos manques, consommation s’entend. Elle a déjà mis à genou nos villes, nos télévisions, nos radios, puis nos campagnes et récemment, nos ordinateurs et Internet. Elle ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin, car, économie financière en crise ou pas, les stocks restent à écouler ! Alors, pourquoi ne pas tenter d’aller titiller l’imaginaire des jeunes là où ils vivent et où ils s’épanouissent ? Placardage à tout va d’affiches, offres promotionnelles, programmes de sponsoring pour les cafés ou pour les cercles et distribution de student packs relèvent d’actions commerciales banales pour tout qui déambule régulièrement du kot à l’auditoire et vice-versa. Décidément, la pub est partout et en plus en anglais, ça fait plus in, ça fait vendre. Peut-être parce que le français s’avère une langue trop complexe pour nos génies du slogan vide de sens que pour l’écrire encore aujourd’hui sans faute ?

À propos des paquetages destinés aux étudiants, une alternative mérite votre attention et il s’agit de « l’autre Pack ». Comme l’explique bien Marie, il s’agit d’une « campagne […] créée avec plusieurs étudiants à Louvain-La-Neuve. Le pack est né en réaction au Student Pack. Ce dernier est offert chaque année aux étudiants de l’UCL […] . Nous trouvons que ce pack pousse les étudiants à la consommation bête et au gaspillage. Ces sacs en plastique sont remplis de […] papiers en tous genres que les gens jettent souvent n’importe où et la nourriture offerte est en général issue des grosses entreprises […] . Étant donné que l’on comprend l’intérêt des jeunes pour ce genre de cadeau, on a voulu garder l’idée mais montrer qu’il y a moyen de consommer autrement. On a donc créé un pack avec des tas d’échantillons qui poussent à la consommation responsable. Il y avait, par exemple, des barres de céréales Oxfam, des blocs de papiers recyclés, une pomme, etc. Le sac lui-même était également confectionné avec du papier réutilisable. » Bien entendu, maintenant que vous êtes au courant, vous ne manquerez pas cette actionidu commerce équitable !

Revenons à nos affiches. Comment continuer à communiquer modestement et à bas coût entre étudiants lorsque les affichages publicitaires deviennent des espaces privés ou que les espaces publics sont aussi envahis peu à peu par l’audace des marques de la grande chaîne de magasins si familière où papa, maman et bébé vont faire leurs courses ? Les panneaux d’affichage se sont multipliés, voire improvisés, même aux endroits non prévus par les autorités communales (murs privés, poteaux, balcons, ponts…) mais cela ne suffit pas.

On profite de l’arrivée massive des étudiants en train le dimanche soir pour les assaillir à coup de tracts et de feuillets, alors que dans le même temps est apparu le surclashage, un autre néologisme qui exprime bien l’idée. Aujourd’hui, la durée de vie d’une affiche annonçant l’une ou l’autre soirée s’élève à quelques heures, quelques jours tout au plus. Les panneaux d’affichage ne sont plus qu’un amas de couches de colle et de posters.

Le boulevard est ouvert pour se poser la petite question écologique de l’article, c’est peut-être à la mode diront certain, mais cela n’empêche rien : « Combien d’affiches à imprimer pour assurer la promotion d’une activité et surtout sa visibilité »i ? Ou plus précisément : « Combien d’affiches supplémentaires sont devenues nécessaires pour repasser après ceux qui auront collé leurs affiches sur les vôtres » ? Au final, combien de tonnes de papier retrouve-t-on inutilement gorgé de colle sur une année académiquei ? D’un point de vue plus pragmatique, si le résultat du placardage intensif ne paie pas de mine pour les passants, l’effet escompté par les afficheurs s’en trouve lui aussi amoindri. Au savant jeu « du dernier qui colle son affiche », le gagnant ne pourra se targuer de son exploit que quelques heures au maximum.

Alors la bonne question à se poser c’est : « Que faire ? » si vous désirez donner de l’écho à vos propres organisations. Ne vous découragez pas, une chouette alternative existe — décidément, la vie est bien faite non ? — à Louvain-la- Neuve et elle se nomme Carpe Studentem. Il s’agit d’un kot à projet (KAP) du même nom qui s’occupe, entre autres, de « l’agenda de l’animation », autrement dit de tous les événements organisés sur le campus. C’est le bon plan idéal car, en plus de récolter les précieuses informations de votre activité (date, prix, endroits…), les membres de ce KAP publient l’agenda dans de nombreux espaces publics disséminés à travers la ville, ainsi que sur leur site web, http://www.carpestudentem.org, vitrine à la patte stylée, claire, rapide et efficace. D’après Simon, un des membres du KAP qui s’occupe du site, leur portail accueillent pas moins de quelques centaines de visiteurs par jour. Ils sont à votre service et, soyez-en sûrs, ils vous éviteront de perdre un temps précieux à sillonner les campus armés de posters et de colle à tapisser. À bon entendeur, salut !

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