L'électronique au service des étudiants ?

Révolution des vingt dernières années, Internet a littéralement bouleversé le monde et ses habitudes. Moyen plus facile, plus rapide et plus interactif, il s’invita l’année passée à l’élection du recteur pour remplacer partiellement les célèbres, mais désormais dépassés, bureaux de vote. L’AGL mène actuellement une réflexion afin d’étendre ce système aux élections étudiantes. Avis partagés…

Nous sommes le mardi 3 mars 2009 à 19h. La nuit tombe tranquillement et pourtant, l’UCL vient de connaître sa première élection par vote électronique de son histoire. La communauté universitaire, satisfaite d’avoir pu élire son recteur sur internet, s’endort paisiblement. Pendant ce temps, les premiers constats sont dressés du côté des autorités. Et l’évaluation est plutôt positive! Les taux de participation sont en effet satisfaisants et le système utilisé s’est avéré fiable. Trois jours plus tard, les résultats sont annoncés; une voix aura fait la différence; un second tour aura lieu. Une interrogation légitime vient alors sur la bouche de plusieurs personnes : « Quelle est réellement la pertinence de ce vote électronique? S’agit-il réellement d’un vote démocratique? »

Car c’est bel et bien la démocratie elle-même qui est en jeu. Encoder son propre login et mot de passe au moment de voter est synonyme de perte de transparence; l’anonymat n’est plus garanti à partir du moment où la machine peut associer le login à l’identité réelle de la personne. Fini le secret du vote. N’importe quel hacker un tant soit peu doué peut parvenir à déjouer le système et à utiliser ses failles. Néanmoins, l’UCL a utilisé des systèmes cryptés qui garantissent, à priori, la transparence.

De plus, la vérification des votes est bien plus ardue que lors des votes papiers. L’absence de bulletins physiques ouvre la voie aux fraudes, à la manipulation et aux erreurs de comptage. Que se passe-t-il en effet lors d’une défaillance technique d’une machine? Les votes sont-ils définitivement perdus? A nouveau, l’UCL a permis aux personnes de vérifier constamment l’enregistrement de leur vote en gardant son numéro de bulletin de vote, une procédure encore fastidieuse.

A tout cela s’ajoute finalement la complexité de la démarche. La personne inexpérimentée en informatique aura en effet toutes les chances de s’égarer dans la longue et pénible procédure de vote : vérification de sa présence sur les listes, inscription, réception d’un login et d’un mot de passe à conserver précieusement pendant 2 mois, et finalement aller voter. Autant dire que nombreux sont les étudiants ayant sué des gouttes pour pouvoir élire leur recteur. Ces procédures trop compliquées ont donc fait de ce système novateur un échec sur le plan facilité.

Autre inconvénient de taille : le vote électronique est bien moins visible que les rustiques bureaux de vote et ses valeureux étudiants armés d’un gueulophone. La visibilité, qui est une condition si importante pour l’AGL, est le meilleur moyen de mobiliser les étudiants à aller voter… Sans visibilité, pas d’électeur! Or les élections étudiantes sont validées si 20% des étudiants sont allés aux urnes.

Quel est donc le juste milieu entre l’électronique et le papier? L’AGL s’oriente actuellement vers la possibilité d’organiser une « semaine d’élection », où deux jours seraient consacrés au vote électronique et deux jours aux bureaux de vote en rue. D’un côté, ceci représente l’inconvénient de devoir dédoubler nos forces, les moyens techniques, la publicité, etc. Mais de l’autre, il s’agit d’un compromis plutôt séduisant, et qui pourrait, de surcroît, garantir des taux de participation jamais atteints précédemment…

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