N’est-ce pas important d’adapter le nombre d’étudiants au nombre de praticiens dont le pays a besoin ?

Derrière cette question, sa cache une certaine vision de notre enseignement. Quel type d’enseignement voulons-nous? Nous sommes convaincus que l’enseignement supérieur n’a pas pour but fondamental de former des jeunes à être directement employables et ainsi ne diplômer que le nombre exact de personnes dont la société aurait besoin. L’enseignement est fondamentalement un vecteur d’émancipation. Son but consiste avant tout à former de jeunes citoyens critiques et ouverts sur le monde, dotés des clés pour le comprendre dans ses crises et ses enjeux. Il doit nous permettre de comprendre la société actuelle, en nous donnant un bagage disciplinaire et interdisciplinaire, et nous donner la capacité d’agir collectivement pour la transformer. C’est l’essence même de la formation universitaire.

Imaginons cependant qu’on décide de restreindre le but de l’enseignement supérieur à uniquement notre formation à un emploi en fonction des besoins du marché. Est-ce pratiquement faisable? Non.

  • Dans un contexte de libre circulation européenne, ça n’aurait aucun sens de mettre en place des quotas limités à un pays.
  • Si la proposition était de coordonner ces quotas au niveau européen, ça aurait plus de sens, mais là, il y a une grosse contradiction qui risque de mener (si on mène la logique au bout) à de la discrimination entre le jeune étudiant en Belgique qui se sera vu barrer l’accès à la formation et donc à la profession ; et le jeune ayant fait ses études à l’étranger qui pourrait s’installer et exercer en Belgique en toute liberté.
  • Par ailleurs, les systèmes de planification centralisée connus (économiques pour l’époque soviétique comme aujourd’hui pour la médecine) sont imparfaits, n’arrivent pas à anticiper les évolutions et mènent à des approximations et des pénuries. La médecine l’a tenté depuis 1997 (numerus clausus et quotas INAMI), ce qui a conduit à une énorme pénurie de médecins qui met en danger l’avenir de la qualité et de l’accessibilité des soins de santé.
  • Planifier avec des quotas à l’entrée, c’est tenter d’imaginer 6 ans à l’avance les besoins de la société en vétérinaires. Chose très difficile, voire impossible.

En ces temps de crises, l’ensemble des services publics, dont l’enseignement, souffrent. La sélection n’est pas la seule option, il en existe d’autres et des meilleures car jamais, pour quelques motifs qu’elle soit invoquée, elle ne sera un moyen permettant d’atteindre cet idéal d’une université émancipatrice.

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