Qui est-ce? Jean-François ASEGLIO, Fondateur de l'Altérez-vous

Dans la famille des endroits alternatifs, on connaissait déjà le Respect-Table. Voici maintenant que s’installe à quelques mètres le premier café citoyen de Louvain-la-Neuve : l’Altérez-vous. Entre une bière bio et un repas équitable, nous avons rencontré l’un des fondateurs de ce projet peu commun.

D’où t’es venu cette idée de projet ?

Je suis arrivé à l’université avec l’idée de développer des projets pour changer les choses. J’ai étudié les sciences politiques et puis la coopération au développement en me disant que ça me donnerait les clés pour créer mon propre projet. J’avais auparavant travaillé au magasin Oxfam et fait partie de l’assemblée générale. C’est là que j’ai rencontré Patrick, qui a lancé ce projet avec moi. Ensemble, on a pensé qu’il fallait faire quelque chose en plus. Un endroit convivial, capable de sensibiliser les gens. Nos copines respectives se sont alors lancées dans l’aventure.

Vous êtes donc une équipe de 4 personnes…

Finalement 5, parce que le père de Patrick nous a rejoint par après. C’est un archéologue pensionné. Il nous apporte sa sensibilité et il fait partie d’une autre génération que la nôtre. Et puis le café est une coopérative. Il y a vingt-cinq personnes qui ont acheté des parts. Elles font donc partie de l’assemblée générale et prennent les grandes décisions avec nous. Ce sont donc plusieurs générations et plusieurs milieux socioprofessionnels qui se rencontrent dans ce projet et qui y apportent leur touche personnelle.

Comment avez-vous trouvé ces coopérateurs ?

Pour être sérieux, on avait fait un plan financier, des statuts, un business plan… Il y avait en fait trois apports pour financer le projet. Le premier, c’est évidemment le propre apport des fondateurs. Ca représente 40% de l’entièreté du capital de départ. On a ensuite fait un emprunt chez Credal, un fond d’investissement solidaire. Et troisièmement, les coopérateurs qui apportent environ 30% du total. Il y a pas mal de proches qui ont acheté des parts d’une valeur de 250€ chacune. Mais ça ne fonctionne pas comme une action Dexia ou Belgacom. Nos coopérateurs ont un retour sur leur investissement dans le sens où ils ont 5% de réduction sur toute consommation dans le café. Ca n’est pas significatif pour une boisson, mais ça le devient pour une table de 10 personnes. Ils font partie de l’assemblée générale qui participe à l’orientation du projet. Il y a aussi pour eux la possibilité d’obtenir un dividende, mais comme on est une société à finalité sociale, on a priorisé nos objectifs. L’argent gagné est d’abord redistribué pour les activités qui ont lieu au sein même de l’Altérez-vous. On agit en partenariat avec plusieurs ONG. On espère également pouvoir financer des projets en externes, toujours autour de trois piliers que sont l’interculturel, le social et l’environnemental. S’il reste quelque chose, ça peut alors devenir un dividende. Finalement, ici être actionnaire, c’est plutôt une manière d’appuyer un projet que de jouer la carte de la rentabilité.

Le bâtiment, si je ne me trompe pas, appartient à l’UCL. Avez-vous obtenu un soutien pour mettre votre café sur pied ?

On a obtenu une réduction de loyer durant un an, pour le lancement du projet. Mais ça n’a rien à voir avec le fait que nous sommes une société à finalité sociale. La véritable raison, c’est que les cinq précédents commerces ont fait faillite… Au-delà de ça, l’UCL a été la grande absente. On a frappé à beaucoup de porte, sans obtenir de facilités. Mais elle a récemment accepté de nous aider en installant une rampe pour les personnes à mobilité réduite.

Quand on voit le résultat final, on peut imaginer que ce fut un travail colossal…

Et comment ! On a tout refait. Le plafond, les cloisons, les raccordements électriques, la tuyauterie et même le sol qui avait quinze centimètre de dénivelé. On a mis du parquet, on a construit le bar nous-mêmes ainsi que les toilettes. C’était un bâtiment qui à la base ne répondait pas du tout à nos besoins.

Une question est sur toutes les lèvres : pourquoi « Altérez-vous » ?

Pour la petite histoire, c’est un de nos amis qui a lâché un jour, tout à fait par hasard. On l’a retenu et on a continué à utiliser ce nom. Au final, on a fait notre première publication sous le nom « Altérez-vous » et il s’est imposé de lui-même. Certaines personnes le comprennent, d’autres nous demandent encore pourquoi ce choix. Pour nous, le principal objectif, c’est que les gens retiennent un ambiance au-delà d’un nom. « Altérez-vous » fait référence à cette envie que l’on veut donner à chacun de changer d’air, de façon de vivre, d’habitudes. On est persuadé que si l’on veut un changement global, il faut commencer au niveau local. Si on propose des produits bio, de proximité et issus du commerce équitable, c’est avant tout pour proposer quelque chose de différent.

Pensez-vous que tout le monde soit à la recherche de cette différence, d’une nouvelle façon de vivre ?

On mise beaucoup sur la convivialité. On ne table pas que sur le militant qui viendrait boire son coca bio Oxfam, mais aussi sur le passant qui découvre notre café et qui pourrait rentrer en contact pour la première fois avec un produit sans s’être dit avant « aujourd’hui, je vais manger du bio ». On fait donc un très gros effort à ce niveau, pour que les prix restent abordables pour l’étudiant notamment. On s’est lancé aussi parce qu’on savait qu’il y avait des produits de qualité dans l’équitable et dans le bio. Auparavant, consommer ce genre de produit, c’était du militantisme. Aujourd’hui, on peut vraiment y trouver son compte parce que les goûts se sont diversifiés et parce que de manière générale, c’est bon.   

Comment vous procurez-vous les produits que vous proposez à l’Altérez-vous ?

Bien sûr, personne n’a voulu faire de première commande avec nous sans avoir de garantie. Ca a été assez difficile étant donné qu’il s’agit d’une petite structure et qu’on n’écoule pas d’énormes quantités. On a donc tenté notre chance avec une première commande, sans savoir ce qui allait bien se vendre et ce qui allait nous rester sur les bras. Dans l’ensemble, on connaissait déjà les produits, pour avoir travaillé chez Oxfam d’abord. On a aussi des relations avec le tenancier du « Tout l’or du monde », qui est un café équitable à Bruxelles. On y a goûté les jus Ethiquable qui ont vraiment beaucoup de succès. Les bières, je les connaissais pour avoir organisé il y a quelques années le Festival du possible et le Festival des résistances. Je m’occupais du bar et je m’étais donc renseigné sur les bières qui existaient. Donc on avait toutes les cartes en mains pou
r pouvoir proposer une véritable carte bio, équitable et locale. Pour l’instant le résultat est très positif.

Qu’entendez-vous par « café citoyen » ?

Quand tu commences une activité économique, tu te dois d’assumer certaines responsabilités. Au-delà de l’impact économique, il faut avoir conscience de l’impact environnemental, culturel, social et j’en passe. C’est aussi une manière de dire qu’ici on ne fait que boire tout simplement un verre, on consomme quelque chose de différent, on peut assister à une activité de sensibilisation. On a envie de montrer aux gens que derrière ce qu’ils consomment, il y a quelqu’un qui travaille. On est ici pour faire vivre un débat public.

On avait déjà le Respect-Table, maintenant l’Altérez-vous. C’est une véritable place « alter » qui se crée…

On aimerait vraiment bien collaborer avec le Respect-Table. L’idée est de pouvoir travailler ensemble, avec la commune, pour faire de cette place un endroit un peu plus vert, un peu plus alternatif.

Qui est l’artiste qui se cache derrière la décoration de l’Altérez-vous ?

On ne la connaissait pas à la base. On a fait quelques recherches sur Internet et on est tombé sur les travaux d’une jeune artiste polonaise de 19 ans, Annia Zuber. Elle nous a proposé des esquisses sur ordinateur et ça nous a tout de suite plu. On a opté pour le papillon, d’abord parce que c’est esthétiquement joli, ensuite pour cette idée de changement. L’idée de partir d’une société qui existe pour en faire quelque chose de tout nouveau.

 

Add a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

3 + 16 =