Qui est-ce? Laurent de Froberville. Directeur du Musée Hergé.

Depuis juin 2009, les tintinophiles ont leur temple à Louvain-la-Neuve. Plus de 80 planches originales, des centaines de photographies, une architecture unique, le Musée Hergé entend retracer l’œuvre du « père de la ligne claire ». A sa tête, Laurent de Froberville défend le avec passion ce « bateau sur une mer de verdure ».

A l’origine, plusieurs villes (françaises et belges) étaient candidates pour accueillir le Musée Hergé. Pourquoi avoir choisi Louvain-la-Neuve ?

En fait, au début, le choix de Fanny Rodwell (la veuve de Hergé, ndlr) était de trouver un emplacement sur Bruxelles. Mais les sites visités ne lui plaisaient pas soir parce qu’ils étaient trop petits, soit c’était l’environnement qui ne convenait pas pour un bâtiment réalisé par un architecte de renom. Il y a quelques années, le bourgmestre d’Ottignies a pris contact et a invité Fanny Rodwell en lui demandant de venir voir le terrain de Louvain-la-Neuve. Fanny et Nick Rodwell ont vraiment apprécié cet environnement paysager avec le Bois de la Source et ont estimés qu’il y avait sûrement quelque chose à faire. Ils ont reçu un accueil très chaleureux de la part des élus d’Ottignies, de l’UCL et des administrations locales et régionales. Ils ont senti une volonté des gens de faire aboutir ce dossier. Le seul inconvénient, c’est l’éloignement de Bruxelles, en termes de fréquentation. Mais il faut relativiser, on est à trente minutes en voiture et il y a un train toutes les demi-heures. Pour les gens intéressés par le Musée, ce ne sera pas un frein énorme. En plus, il y a eu un élément supplémentaire dans la décision de venir à Louvain-la-Neuve, c’était qu’Hergé connaissait bien le Brabant wallon. Il a habité une maison pas très loin d’ici, à Céroux-Mousty et aimait beaucoup se balader dans la campagne. La preuve, c’est que dans beaucoup de ses albums, les paysages de la campagne de Moulinsart ont été pris en fin de compte ici, dans la région.

Si Hergé a connu la région, il a dû connaître Louvain-la-Neuve !

Entre la création de Louvain-la-Neuve au début des années 70  et la mort de Hergé en 83, il a sûrement connu le début de la ville, mais je ne sais s’il y est allé, Fanny Rodwell n’en a jamais parlé. Je pense que oui, mais je ne peux pas l’affirmer.

Le Musée, réalisé par un architecte de renom (Christian de Portzamparc, ndlr) rompt avec le style en briques de Louvain-la-Neuve. Le bâtiment ne risque pas d’être trop isolé ou existent-ils des projets pour le rattacher au reste de la ville ?

Il ne s’agit pas de noyer le bâtiment dans le reste de la ville. C’est un bâtiment enchâssé dans un ilot de verdure, et il ressemble un peu à un bateau sur une mer, rattaché par une passerelle. Il est certain que la ville va venir vers le Musée. La passerelle en vois sera progressivement remplacée par des dalles et des constructions. Je sais qu’au niveau architectural, dans les projets des nouveaux bâtiments, on retrouvera un clin d’œil au Musée Hergé, sans avoir de rupture avec le style néo-louvaniste. D’après les commentaires qu’on a reçus, les gens disent que c’est comme une petite tâche de couleur dans un uniforme un peu sombre.

Vous misez sur quelle affluence en terme de visiteurs ?

Si nous pouvons mettre en place une bonne politique de communication, de promotion et de commercialisation, ce musée devrait assez rapidement atteindre une fréquentation moyenne aux alentours de 200.000 visiteurs par an. Certains outils doivent encore être mis en place, notamment au niveau des transports, mais on est plein d’espoir pour l’avenir.

Quels sont les rapports entre le Musée et l’UCL ?

Dès le départ, les liens ont été excellents. La construction du Musée ne pouvait pas se faire sans de fréquents rapports avec le Recteur et l’UCL, et on ne peut que se féliciter car cela a permis au bâtiment d’éclore très rapidement, en deux années seulement. Maintenant, nous continuons d’entretenir de bons contacts. Nous avons eu quelques demandes de la part de l’UCL, mais nous avons demandé aux différents responsables de patienter encore un peu, le temps que l’on mette en marche le Musée. Nous avons également quelques projets d’animation avec les associations de commerçants de la ville. Durant les semaines prochaines, nous allons rencontrer les responsables de l’université pour parler de partenariats plus précis.

Et quels sont ces futurs partenariats ?

C’est difficile d’en parler aujourd’hui. Les choses ne sont pas encore bien enclenchées, de nombreux contacts ont été pris des deux côtés et cela débouchera sur quelque chose. Il est logique que le Musée étant à côté de l’Université, des échanges se créent.

Quand on évoque Hergé, on pense immédiatement à son personnage Tintin. Or après 80 ans d’existence, on peut se demander si celui-ci est encore d’actualité auprès de jeunes de vingt ans…

Comme vous, je me suis posé la question. J’ai été très surpris de voir que parmi nos visiteurs, il y a des familles entières qui viennent visiter le Musée. Et ce ne sont pas des familles de deux, mais bien de trois générations. C’est-à-dire que ce sont les parents, les grands-parents mais aussi les enfants qui viennent. Tintin reste toujours d’actualité, il continue de faire parler de lui. Il y a peu de personnages de bandes dessinées qui soient encore à la mode après tant d’années. Maintenant, on attend avec impatience les films qui vont arriver d’ici peu et qui relanceront probablement l’intérêt pour le personnage. Et puis, quand on relit Tintin, on voit que c’est toujours actuel et qu’il y a autant de plaisir à le lire. On y trouve plusieurs niveaux de lecture, et il y a toujours autant de plaisir à lire. Je dirais qu’il n’y a pas d’inquiétude à avoir, Tintin fait partie des classiques de la BD.

 

Infos pratiques :

Musée Hergé, rue du Labrador 26

010/488-421

www.museeherge.com

9.50€ adultes/ 7 € sur présentation de la carte étudiant (PDA compris)

Ouvert tous les jours, sauf le lundi, de 10h à 18h (dernière entrée 17h)

Temps de visite moyen 1h15-1h30.

Bio en quelques mots :

C’est à la demande particulière de Fanny et Nick Rodwell que Laurent de Froberville s’est retrouvé à la tête du musée dédié à l’œuvre de Hergé. Le nouveau directeur, d’origine française, a dès le départ, été associé au projet : « C’est dans le cadre d’une exposition permanente sur le château de Moulinsart que j’ai été amené à les rencontrer. Il y a deux ans, ils m’ont demandé de faire une étude sur le projet du Musée et de leur remettre un avis dessus. Ensuite, ils m’ont demandé si j’étais d’accord d’en prendre la direction. J’ai été très flatté et touché qu’on pense à moi pour cela. »

A 54 ans, Laurent de Frob
erville a suivi un parcours particulier. Après des études classiques suivies par des études commerciales, il travaille dans la gestion historique, la publicité ou encore la gestion forestière. « J’ai appris à aborder les choses de manière très différentes. Dans une entreprise de gestion commerciales classique, on est habitué à réagir de manière très réactive, à trouver des solutions dans l’instant. En matière forestière, c’est le contraire, on a affaire à quelque chose qui mettra des années avant de pousser. Il vaut mieux prendre le temps de la réflexion, si on fait une erreur, elle peut être très lourde, car on en subit longtemps les conséquences. » C’est après avoir monté sa propre société en conseil et aménagement d’activité culturelle qui rencontre le couple Rodwell. Laurent de Froberville se dit prêt à relever les défis et mener le Musée Hergé vers des sommets.

Add a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

14 − ten =