Qui est-ce? Vincent Wertz, prorecteur à la formation et à l'enseignement

Nouveau membre de l’équipe rectorale, on le dit proche des étudiants. Dans ses nouvelles fonctions de prorecteur, il s’annonce lucide, ouvert au dialogue et novateur. Et comme il le dit si bien, « l’étudiant doit être au centre de la formation et la formation, au centre des préoccupations des étudiants ».

La Savate : Vous venez de remplacer Madame Vander Borght à la fonction de Prorecteur à la formation et à l’enseignement. Avec Bruno Delvaux, Benoît Macq et Patrick Bertrand, vous constituez ainsi le quatrième membre (sur 7) de l’équipe rectorale faisant partie du secteur des sciences et technologies. Voyez-vous cela plutôt comme une force ou une faiblesse ?

V.W: Pour moi, ce n’est pas nécessairement une force, ni une faiblesse. Les autres secteurs de l’UCL regardent avec méfiance une telle concentration de prorecteurs dans le secteur des sciences exactes. Mais je pense que, comme Benoît Macq et le recteur, dans les matières que j’aurai à gérer, je m’occuperai de l’ensemble des secteurs et qu’il n’y a aucune raison de penser que je privilégie le secteur dont je suis issu. Dans mes activités de nature pédagogique, j’ai d’ailleurs beaucoup de contacts avec les sciences humaines, notamment via le GIRSEF (Groupe interdisciplinaire de Recherche sur la Socialisation, l’Education et la Formation), et des contacts également avec le centre de développement pédagogique du secteur Santé.

La Savate : En 2009, l’UCL a milité activement contre le plagiat au point de devenir une référence dans le domaine. Pensez-vous que cette campagne a eu l’effet dissuasif escompté sur les étudiants?

V.W: C’est important de lutter contre le plagiat, mais c’est surtout important de former les étudiants à une certaine éthique intellectuelle par rapport à leurs travaux. C’est plus important de renforcer les aspects positifs que d’agir simplement par la menace, en disant : « On a les moyens de scanner vos textes et de détecter des plagiats éventuels ». Or, la campagne était un peu de cette nature-là… Il faudrait aussi vérifier que les enseignants se soumettent aux mêmes règles que les étudiants!

La Savate : Quels seront vos principaux domaines d’action?

V.W: Il y a un dossier important qui est celui de la qualité des enseignements et des programmes que je souhaite poursuivre. Il a été lancé mais il y a encore beaucoup d’efforts à faire pour que l’ensemble des partenaires de l’université soient conscients de l’importance de la qualité des enseignements. En particulier, j’aimerais mobiliser plus les étudiants sur ce dossier. D’une part, les faire plus participer à la réflexion qui a été mise en place. D’autre part, réfléchir avec eux aux stratégies à mettre en oeuvre pour avoir un meilleur taux de réponse aux évaluations de cours et de programmes.

La Savate : Vous chercheriez donc une méthode pour faire participer TOUS les étudiants? Pas uniquement les représentants?

V.W: Tout à fait, je voudrais remettre les étudiants au coeur de la fonction enseignement de l’université et cela va dans les deux sens! Pour l’université, les enseignants et les étudiants doivent être au coeur du dispositif. Et je prétends aussi que pour les étudiants de l’UCL, l’enseignement doit être au coeur de leurs préoccupations. Je crois que les étudiants doivent se dire « ma fonction principale c’est d’être étudiant, avant d’être animateur de cercle ou de KAP » (mais on peut bien sûr faire les deux, ce qui est le cas de nombreux étudiants). Je voudrais que l’étudiant soit au centre de la formation et que la formation soit au centre des préoccupations des étudiants.

La Savate : L’AGL défend actuellement l’idée d’évaluations, d’examens plus objectifs, qui est systématiquement refusée au CEFO (Conseil de l’enseignement et de la formation). Que pensez-vous de cette méthode et de ce report systématique?

V.W: Je confesse ma complète méconnaissance de ce dossier-là. Si on m’oblige à ne regarder qu’une liste de NOMA, ça deviendra vite un peu fastidieux et ça ne respectera pas non plus les étudiants parce que parfois, on a envie de récompenser de manière très précise une personne pour ce qu’elle a fait pendant l’année. S’il y a un problème, il doit être entendu, mais je ne suis pas sûr que la proposition des étudiants est la bonne solution dans ce cas. Si dans bien des cas, l’évaluation est déficiente, c’est en grande partie parce qu’il n’y pas de clarté suffisante entre les objectifs d’un cours et les attentes d’un professeur à l’évaluation. Le deuxième élément très important concernant l’évaluation est le feedback. Il faut instaurer du feedback sur les examens. Les étudiants ont le droit de savoir pourquoi ils ont eu telle note. Ce feedback peut être très formateur. C’est un élément de formation de l’étudiant pour des examens ultérieurs.

La Savate : En parlant d’évaluations, il y a aussi les évaluations des professeurs. Les étudiants ne reçoivent pas d’échos de leurs réponses après les évaluations. Comptez-vous mettre en place un système de feedback?

V.W: Pour moi, c’est vraiment une priorité dans tout ce qu’on fait en termes d’évaluation des enseignements (pas de professeurs). Normalement, les étudiants évaluent un cours, éventuellement tout un programme… mais on ne leur demande pas d’évaluer les professeurs. Et comme les professeurs sont très sensibles là-dessus, il faut être prudent dans les termes utilisés. Le feedback est essentiel, et c’est d’ailleurs un des moyens d’augmenter la participation étudiante aux évaluations. Lorsque les étudiants verront qu’on fait réellement quelque chose de l’avis qu’ils ont donné, je pense qu’ils seront plus enclins à participer de manière massive aux évaluations. Je dois encore réfléchir aux modalités précises, mais c’est indispensable.

La Savate : Comptez-vous améliorer la remise en question de certains professeurs?

V.W: Le problème est de savoir qui va faire ça. Le Prorecteur à l’enseignement et la formation ne va pas convoquer dans son bureau les professeurs qui sont mal évalués. Donc, je privilégierais de responsabiliser plutôt les responsables de programme, qui, outre leur rôle administratif, sont l’élément moteur pour faire en sorte que ce programme soit un programme de qualité. Je pense donc que cela fait partie de missions d’un président de commission de programme de recevoir une copie des évaluations des cours et d’en discuter avec les professeurs concernés.

La Savate : Vous avez fait partie de la commission pédagogique de l’EPL (Ecole Polytechnique de Louvain) et vous avez participé aux développement de méthodes actives. Pouvez-vous nous en dire plus?

V.W: Pour le lecteur de la Savate qui n’est pas à l’EPL : dans les premières années, la pédagogie de l’EPL est essentiellement axée sur l’apprentissage par projets et par problèmes. Les étudiants sont en petits groupes et sont censés découvrir de nouvelles matières par eux-mêmes au travers de la résolution de problèmes et/ou de projets. Ils sont encadrés par des tuteurs (étudiants d’année supérieure ou assistants-chercheurs) et les cours viennent en deuxième couche pour aider les étudiants à restructurer la matière une fois qu’ils l’ont déjà découverte par eux-mêmes. Je suis persuadé que c’est un très bon dispositif pédagogique car il met l’étudiant au coeur de l’apprentissage et l’oblige à être actif.

La Savate : Comptez-vous développer des méthodes plus actives dans d’autres disciplines?
V.W: Je n’y vois pas d’objections fondamentales même s’il y a clairement un problème d’encadrement dans les facultés de sciences humaines, dû au nombre élevé d’étudiants. Ce problème peut être toutefois partiellement résolu en utilisant des étudiants des années supérieures pour être des tuteurs de petits groupes. On pourrait même dire que, par exemple pour un cours de math en ESPO, on vienne chercher des étudiants tuteurs en ingénieur ou en master math. Cette activité extrêmement valorisante leur ouvrira les yeux sur une autre faculté que la leur, sur un autre secteur que le leur. Quelle que soit la méthode, je suis convaincu que l’étudiant doit être actif. Les enseignants doivent avoir suffisamment d’humilité pour reconnaître que bien parler et capter l’attention de 100 % de l’auditoire, ce n’est pas suffisant!

La Savate : Les médecins en formation ont parfois des conditions de stage extrêmement difficiles. Selon vous, quelle est la responsabilité de l’université dans ce domaine?

V.W: A priori, je pense que la responsabilité de l’université est importante. Dans la mesure où ces personnes sont encore en formation à l’UCL, la responsabilité de l’UCL est clairement engagée. Je ne crois pas que ça soit un problème qui ait une solution facile et qu’on va trouver en trois mois les moyens de le résoudre. Les problèmes difficiles, c’est justement ceux qu’il faut aborder tôt pour avoir le temps de les résoudre, et ne pas le reporter à plus tard. Je pense donc qu’il faut aborder ce problème-là rapidement.

La Savate : Cela fait cinq années que la réforme de Bologne s’est installée à l’UCL. Quel bilan tirez-vous de ces cinq années écoulées sous la réforme de Bologne?

V.W: Concernant le système majeures-mineures (introduit par l’UCL), il y a encore des efforts à faire pour que les étudiants profitent encore plus de cette faculté qu’ils ont de pouvoir consacrer un sixième de leur formation de Bac à quelque chose qui soit réellement un intérêt personnel et une occasion d’ouverture. Beaucoup d’étudiants choisissent des mineures internes à leur faculté, choix parfois lié à des contraintes d’horaire, à des difficultés de gestion d’un programme. La mobilité étudiante après le 1 er cycle est encore loin d’être significative. Les étudiants qui quittent l’UCL après leur bac pour aller étudier ailleurs sont peu nombreux. A l’inverse, le nombre d’étudiants qui sont en master à l’UCL et qui n’y ont pas fait leur bac sont plus nombreux, mais il s’agit essentiellement d’étudiants venant de nos universités « soeurs » qui n’organisent que le premier cycle dans certaines disciplines. Donc, je pense que la mobilité n’est pas encore ce que les gens à l’origine de l’initiative de Bologne souhaitaient. Je souligne toutefois que les échanges (ERASMUS, MERCATOR) sont en progression, de même que les « co-diplômes » et que des mesures techniques comme les ECTS ont grandement facilité ce type d’échange.

La Savate : Quelle est votre vision de la représentation étudiante?

V.W: Ma vision de la représentation étudiante, c’est qu’elle soit la plus large et la plus légitime possible. Il est important que les délégués étudiants aient réellement une légitimité et qu’on puisse être convaincus, eux comme moi, que quand ils parlent, ils donnent l’avis d’un grand nombre d’étudiants. Il faut donc les aider à organiser le retour vers leur base à eux. Il faut aussi aider les étudiants à assurer leur représentation et leur travail au sein d’une série de commissions en respectant entre autres des contraintes de calendrier. Il y a des réunions importantes qu’on ne peut pas faire à certains moments de l’année car les étudiants ont autre chose à faire à ce moment-là et ça mérite d’être respecté!

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