Résidence-Services Ladeuze, la nécessité du superflu

J’suis snob

« J’suis snob » chantait il y a peu Boris Vian. Cela pourrait être slogan de la nouvelle trouvaille immobilière néo-louvaniste : la résidence-services (n’allez pas confondre avec titres-services). En quelques mots, il s’agit d’une résidence (vous savez, l’endroit où on loge les riches retraités pour leur éviter la maison de repos) offrant une série de commodités superflues, notamment sauna, table de billard, table de ping-pong, barbecue, feu ouvert, terrasses, parking à vélo, baby-foot ou devrais-je dire kicker ? Car « ce type de logement n’existe nulle part ailleurs qu’en Belgique » se gausse l’entrepreneur. À croire qu’ailleurs dans le monde, une chambre de bonne suffit, voire même un container aménagé : Amsterdam et Le Havre ont ainsi créé des logements à bas prix.

Tous mes amis le sont

Mais qui est prêt à payer 20% de plus qu’ailleurs[1] pour jouir de ces quelques privilèges ? Les étudiants grand-ducaux au pouvoir d’achat plus important, les étudiants dont les parents disposent d’un revenu assez confortable que pour pouvoir assumer le prix des études et d’un logement de luxe, les paranoïaques qui peuvent dire bonsoir au concierge sous les caméras de surveillances ? Au-delà de la protection imaginaire d’un danger qui l’est tout autant auquel répondent ces dispositifs, les locataires de cet immeuble, qui n’ont aucune raison de sortir de leur cocon, devraient méditer ce message de Benjamin Franklin : « Ceux qui sont prêts à sacrifier une liberté essentielle pour acheter une sûreté passagère, ne méritent ni l’une ni l’autre ». Et n’y a-t-il pas une contradiction dans les termes « kot de luxe » ? On est loin d’une politique de l’université pour tous. On rétorquera que chacune des 300 places a trouvé preneur et que ce nouveau mode d’hébergement répond donc à une demande. Cette remarque ne fait que transposer un problème, celui du manque de logements étudiants à Louvain-la-Neuve. Personne n’ignore que même un placard à balais (un kot en flamand) trouve preneur sur le marché immobilier de notre alma mater.

Et quand je serai mort, j’veux un suaire de chez Dior!

C’est donc une pépinière de contradictions qui a poussé sur le sol de Louvain :

  • Un projet vendu comme « unique en Europe », et pour cause : les étudiants ont besoin de logements bon marché.

  • Des kots de luxe : si l’absurdité de l’expression ne vous saute pas immédiatement au visage, c’est que vous logez dans le bâtiment dont je parle.

  • Un équipement ludique réunissant tout le superflu : le but est-il de ne plus jamais devoir sortir que pour aller user ses pantalons sur les bancs des auditoires ? Les étudiants disposent à l’UCL d’une pléthore d’activités comparables à celles proposées dans la résidence avec l’avantage de la socialisation et du prix démocratique.

  • Et on atteint des sommets en disant que la demande existe : oui, la demande de logements existe, pas celle de logements de luxe.

Ce bâtiment est un nouveau signe de l’approche d’un enseignement supérieur à deux vitesses. Ce dédoublement matériel aurait-il été soutenu, comme le fut le dédoublement linguistique, par l’illustre Paulin Ladeuze lui-même ?

 


[1] Un studio coûte 435 €/mois, soit le maximum demandé pour un studio UCL. Une chambre dans un communautaire de cinq personnes coûte 345 €. Les prix des chambres en logement communautaire proposées par l’UCL varient entre 220 et 280 € charges comprises (sauf électricité).

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