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Interview de Diego, étudiant chilien

Diego Nicolas Urzúa Bravo

Étudiant chilien en Administration Publique (sciences politiques et administratives). Il a 23 ans, est né à Talca (ville à 250 km au Sud de Santiago) et est venu étudier à Santiago depuis cinq ans.

Peux-tu me décrire brièvement la situation de l'éducation au Chili ? Pourquoi est-ce qu'il existe un mouvement aussi fort ?

Diego : L'éducation au Chili est une des plus chères de la région, et ce n'est pas parce que nous sommes un pays riche, mais parce que l'éducation est vue comme un bien de consommation et non un droit. C'est de là que partent tous les problèmes qui touchent la situation actuelle du pays, principalement marqué par l'inégalité dans l’accès et la qualité de l’éducation. Dans l’enseignement primaire et secondaire, il existe trois types d'éducations. La différence entre ces trois types est l'apport financier du public et du privé. La segmentation sociale est reflétée dans la quantité d'argent que possèdent les familles pour financer l'éducation de leurs enfants, où il existe une relation directe entre un coût plus grand et une meilleure qualité. C'est ça le moteur du mouvement étudiant, l'inégalité sociale, qui est accentuée par cette éducation de marché.

Comment le mouvement étudiant a commencé ? Quelle est son histoire, ses grandes étapes, qu'a-t-il obtenu ?

D. : J'avais 13 ans en 2006 quand mon collège (public) a décidé de se joindre à l'appel qui naissait depuis la capitale, dont les demandes étaient notamment la gratuité du test de sélection à l'université, la gratuité du transport pour l'enseignement basique et moyen, la dérogation de la loi organique constitutionnelle de l'éducation (Ley orgánica constitucional de educación - LOCE) qui a été promulguée par Augusto Pinochet. En plus de ça, on débattait sur la précarité de l'éducation publique. C’étaient les étudiants eux-mêmes qui, avec un Comité de Consultation Présidentiel, ont rendu un rapport, reçu par Bachelet qui était dans son premier mandat, avec une série d’indications pour déroger à la loi de Pinochet.

Cette année a été reconnue comme la révolution des pingouins et a mené à la deuxième étape du mouvement étudiant, en 2008, quand Bachelet a fait la sourde oreille aux demandes des étudiants en secondaire et a promulgué la Loi Général de l’Education (Ley General de Educación). Cette loi, plus qu’une réforme profonde, maintient le sentiment d’une éducation de marché. Il y a eu des manifestations, des protestations et des démonstrations de mécontentement dans tout le pays, auxquels se sont joints les professeurs et les étudiants universitaires qui refusaient la proposition de Bachelet, qui a finalement été promulguée.

C’est seulement en 2011 que tous les acteurs de l’éducation ont décidé d’unir leurs forces pour en finir avec l’héritage de la dictature. Ce mouvement est considéré comme un des plus forts depuis le retour à la démocratie et son objectif est une éducation «publique, gratuite et de qualité» à tous les niveaux. A Santiago, deux cent milles personnes ont marché dans les rues et au total au Chili les chiffres ont atteint quatre cent milles personnes. Parce que la citoyenneté va de pair avec ce mouvement, récupérer l’éducation comme un droit n’est pas seulement la tâche des étudiants et des professeurs, c’est un devoir en tant que chilien. Et pour moi, c’est le plus grand succès du mouvement étudiant, unifier un pays par une seule cause, l’éducation.

Michelle Bachelet a annoncé la gratuité de l’université pour son second mandat présidentiel. Que s’est-il passé ensuite ? Pourquoi les étudiants continuent à se mobiliser ? Quelles sont les demandes du mouvement ?

D. : Bien que Bachelet ait annoncé la gratuité, les étudiants veulent participer à cette réforme, et même pas seulement eux, mais tous les acteurs impliqués: professeurs, académiques, représentants. Ceux-ci refusent la participation de politiques corrompus dans les décisions du Chili. C’est pour ces raisons qu’a eu lieu la dernière manifestation à Santiago, le jeudi 16 avril. En effet, ces derniers temps plusieurs faits de corruption et de malversation de fonds ont été découverts, notamment concernant le fils de Bachelet, des personnes de sa coalition politique et de confiance, comme le Ministre de l’Intérieur.

Les demandes continuent à être une éducation publique, gratuite et de qualité, mais aujourd’hui le mouvement atteint une maturité et une réflexion distincte, qui cherche à avoir une incidence sur la formulation de la Réforme Éducative d’une manière plus directe et concrète.

Selon toi, comment le mouvement étudiant au Chili parvient à tenir aussi longtemps ?

D. : Comme je te le disais, il existe des grandes inégalités au Chili, où il s’avère que l’éducation de marché qui est maintenue jusqu’à aujourd’hui, accentue cette condition. Je crois que cela continue d’être le moteur d’un mouvement étudiant qui, à différentes étapes, a su se reconsidérer, réfléchir et ne pas s’affaiblir.

Est-ce que tu penses que ce mouvement a des conséquences sur les étudiants au Chili en général ?

D. : Je crois que nous étudiants du Chili, non seulement nous avons été une inspiration pour nos pères qui ont vu le reflet de leur lutte pour finir avec la dictature, qui se perpétue déguisée dans cette pseudo-démocratie, mais aussi que nous avons été une source d’inspiration pour d’autres mouvements citoyens qui se sont levés depuis 2011 jusqu’à aujourd’hui. Mais plus encore, nous sommes une inspiration pour nous-mêmes, et nous regardons avec une espèce de nostalgie les protestations de 2011, cherchant en elles la motivation pour ne pas faiblir contre l’éducation de marché qui aujourd’hui, pour moi est le berceau des inégalités au Chili. Et j’espère que cela sera une source d’inspiration pour toutes les générations à venir, voyant l’éducation comme un droit à construire le pays auquel on rêve.

Quels sont les liens du mouvement étudiant au Chili avec les autres mouvements étudiants en Amérique du Sud et dans les autres parties du monde ? Et au Chili, avec les autres luttes ?

D. : Je ne sais pas si, en 2011, il existait un lien concret entre les pays latino-américains, mais il y avait des manifestations dans différents pays de la région (Colombie, Porto Rico, République Dominicaine entre autres), avec le même discours «éducation gratuite et de qualité». En Colombie notamment des protestations continuent, avec des slogans comme «Nous ne serons pas la génération qui verra mourir l’éducation publique». Et au Chili, un lien constant s’est développé entre les groupes de travailleurs et le mouvement étudiant, visible dans les manifestations sous des slogans comme «Plus jamais seuls», faisant référence aux étudiants et aux travailleurs.

Propos recueillis par Elisabeth Lagasse.

INAMI : Suite et pas fin

Voici les quotas d'étudiants en médecine pour le concours en fin de BAC1 de l'année prochaine. Ceux-ci ne prennent pas encore en compte le lissage négatif, qui ne sera appliqué qu'à partir de l'année prochaine (il consiste à diminuer les quotas pour "rembourser" ce qui a été "accordé en trop" par le passé) :

  • UCL : 186
  • UNAMUR : 151
  • ULg : 143
  • ULB : 130
  • UMONS : 76

(Source : Le Soir)

L'AGL s'oppose depuis le début à ce concours, tout comme au numerus clausus appliqué depuis 1997. Selon nous, comme le soulignaient il y a quelques jours dans Le Soir une vingtaine d'anciens présidents de la FEF dans une carte blanche (Lien carte blanche), le problème se situe à la sortie, et une réelle réflexion doit avoir lieu pour assurer une politique de santé publique efficace, et pas une politique à court-terme basée sur des intérêts politiques et des pressions corporatistes.

"Comparé aux cohortes actuelles, 1 étudiant sur 5 ne pourrait pas poursuivre ses études" alarme Gabriel Lévy, président du BDE-médecine. Et ce sans le lissage négatif... Des étudiants qui ont les capacités de réussir et qu'on fera échouer par une sélection injuste et pour céder aux exigences du gouvernement Michel-De Block et de lobbys corporatistes (comme l’Absym). Des étudiants qu'on fera échouer alors que les chiffres ne cessent, semaine après semaine, de confirmer une pénurie alarmante en médecine générale mais aussi dans de nombreuses spécialités.

Des news des coupes dans l'animation

Vous l'avez vu dans les précédents numéros : l'UCL a fait des coupes budgétaires dans l'animation, la représentation étudiante et les subsides socioculturels en décembre. La délégation AGL au Conseil des affaires sociales a remis le point sur la table pour demander leur levée, avec à l'appui un cadastre des différentes conséquences sur les associations étudiantes... ce fut en vain ! On reviendra.

Une plateforme sur le genre à LLN

Une petite dizaine d'associations, dont l'AGL, la Maison des jeunes, le Chelln, des profs de l'UCL... ont décidé de joindre leurs forces pour créer une plateforme sur les questions de genre. Au menu : réfléchir et mener des actions sur les inégalités hommes femmes et les discriminations liées à l’identité de genre ou l'orientation sexuelle. Quand on connait l'omniprésence des hommes dans les instances de l'UCL, dans la direction des associations étudiantes ou l'interdiction aux gays de donner leur sang... il y a du pain sur la planche !

Du remue-ménage en sciences économiques

Mercredi 29/05 avait lieu un débat intitulé "Sciences économiques : formation ou formatage : débat sur le pluralisme en économie" à l'initiative des étudiants de sciences économiques. Ceux-ci reprochent une trop grande fermeture de leur cursus et un certain dogmatisme dans les théories enseignées. Pour enfoncer le clou : la publication récente d'une lettre d'un doctorant ayant quitté l'UCL, dégouté par l'état de la discipline et de ses tenants. L'école d'économie n'a pas fini de faire parler d'elle.