Un mot pour un autre de Rémi Bertrand

Langue française : maîtrise ou maîtrisé ?

Un mot pour un autre de Rémi Bertrand.

« C’est une langue bien difficile que le français. A peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu’on commence à s’en apercevoir », avait dit un jour, mi-ingénue, mi-réaliste, l’écrivaine Colette. Rémi Bertrand, lui, n’a pas attendu de faire déborder son gâteau de 45 bougies pour s’en rendre compte. Ce romaniste, né en 1982, un temps Néo-louvaniste, à présent Mouscronnois, à ces heures poète, écrivain, linguiste ou essayiste publie en effet, en cette rentrée 2009, un bouquin ou plutôt… un petit livre sur la langue française intitulé Un mot pour un autre, dans la collection « le goût des mots » qu’orchestre Philippe Delerm aux éditions du Seuil. Ce livre, il le dédie (ou le dédicace ?) aux paronymes, à ces petits mots qui ont la fâcheuse manie de se ressembler tout en ne se confondant pourtant pas, confondant alors par là leurs usagers.

Il le publie à l’attention de ceux dont l’esprit entre en collusion avec une harde notable de mots qui s’affleurent, se mêlent, dans toutes leurs acceptations les plus fugitives. Il le dédicace à tous ceux qui en ont marre de perpétuer milles périples langagiers, à ceux qui en ont assez de se faire sans cesse rabattre les oreilles et rebattre le caquet sous prétexte de ne pas être des enfants prodigues de leur lingua franca. Il le dédie à tous ceux-là désireux de signer définitivement une amnistie emprunte de bonnes attentions envers ces mots qui, comme le devise le grand maître ès lettres Alain Rey (vous voyez le Robert ? Et bien, c’est lui), nous maîtrisent bien plus que nous ne les maîtrisons.

Oh, le ton n’est pas celui d’un linguiste muni d’un bâton de bois pour châtier les mécréants ! Non, Rémi Bertrand, même s’il est un homme et que, par là, il ne maîtrisera jamais le langage parfaitement…, a un don pour assembler les mots, les faire ricocher entre eux avec humour, finesse et sagesse. Son petit livre plein de malice, débordant d’érudition, voguant de l’Antiquité latine et de ses étymons vers Obama (« l’enfant prodige de Chicago ») et Wikipedia se dévore par intermittence, donnant à découvrir à chaque chapitre une de ces paires paronymiques diaboliques.

A recommander à tous ceux qui ont sourcillé quelquefois dans les lignes qui précèdent et qui se demandent encore s’il ne fallait pas, en quelque endroit, remplacer « un mot » par « un autre », se doutant que j’ai pris « un mot pour un autre »…

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